Vers la fin de l’aide américaine
Dans un entretien accordé à The Economist, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a dévoilé une orientation stratégique appelée à marquer durablement la politique de défense d’Israël. Pour la première fois de manière aussi explicite, il a évoqué la possibilité de réduire progressivement, puis de supprimer, la dépendance du pays à l’aide militaire américaine d’ici la fin de la décennie. Cette aide, qui s’élève actuellement à 3,8 milliards de dollars par an, doit être renégociée en 2028.
Selon Netanyahu, ce mouvement est déjà amorcé. L’objectif affiché est clair : renforcer l’autonomie stratégique d’Israël tout en préservant la solidité du lien avec les États-Unis. Le Premier ministre a insisté sur le fait qu’il continuerait à « se battre pour l’allégeance du peuple américain », soulignant que cette évolution ne constitue pas une rupture politique, mais un ajustement de long terme.
Derrière cette réflexion budgétaire se cache aussi une dimension d’image internationale. Netanyahu estime qu’une moindre dépendance financière pourrait contribuer à réduire certaines critiques récurrentes visant Israël. Il a décrit une véritable « guerre de propagande » menée, selon lui, contre l’État hébreu, notamment sur les réseaux sociaux, qu’il juge saturés de campagnes de désinformation et d’actions automatisées. Comparant cet affrontement médiatique à un combat asymétrique, il a évoqué l’image d’une cavalerie opposée à des avions furtifs modernes.
Le chef du gouvernement a replacé ces attaques dans une perspective historique plus large. À ses yeux, les accusations portées aujourd’hui contre Israël s’inscrivent dans une continuité de calomnies visant le peuple juif depuis des siècles. Il a également dénoncé ce qu’il considère comme une exigence morale disproportionnée imposée à Israël dans le cadre du conflit israélo-palestinien, estimant que peu de nations seraient jugées selon des critères aussi stricts en situation de guerre.
Concernant la situation sécuritaire actuelle, Netanyahu a reconnu qu’un cessez-le-feu durable avec le Hamas pourrait contribuer à apaiser une partie des critiques internationales. Selon lui, l’intensité des combats favorise la diffusion de récits simplifiés, dans lesquels la vérification des faits cède le pas à l’émotion et aux slogans.
L’entretien a également porté sur la menace iranienne et les manifestations qui secouent actuellement l’Iran. Netanyahu a précisé qu’un changement de régime à Téhéran ne constituait pas un objectif israélien en soi, mais qu’il pourrait résulter des dynamiques internes provoquées par les récents événements. Il a rappelé l’impact des frappes conjointes menées par Israël et les États-Unis en juin 2025, qui auraient fortement affaibli les capacités nucléaires iraniennes et modifié l’équilibre régional.
Selon le Premier ministre, la combinaison d’un revers militaire significatif et d’une gestion intérieure qu’il juge désastreuse — notamment l’investissement massif dans des réseaux hostiles à l’étranger au détriment de la population — fragilise le pouvoir iranien. Il estime que ces facteurs pourraient créer une fenêtre historique, dans laquelle la contestation interne prendrait une ampleur décisive. Netanyahu a toutefois insisté sur un principe de retenue : Israël, selon lui, n’a pas vocation à intervenir directement dans les mouvements populaires iraniens.
Il a conclu sur une note de vigilance stratégique, affirmant qu’Israël observerait attentivement l’évolution de la situation. En cas d’attaque directe iranienne, a-t-il averti, la riposte serait sévère. Pour le reste, il a rappelé que les transformations politiques durables sont celles qui émergent de l’intérieur des sociétés concernées.
Pour Benjamin Netanyahu et les responsables israéliens, une réalité s’est imposée avec netteté : l’aide américaine n’est jamais dénuée de contreparties. La guerre à Gaza a mis en lumière une dépendance structurelle d’Israël vis-à-vis des armements des États-Unis, tant pour les munitions que pour les pièces détachées et certains équipements critiques. Au cours du conflit, Washington a à plusieurs reprises ralenti ou bloqué des livraisons sensibles. Dans le même temps, des sous-traitants situés hors des États-Unis ont également suspendu leurs exportations, notamment aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, accentuant les vulnérabilités logistiques israéliennes.
Cette séquence a servi de révélateur stratégique : en période de guerre, l’autonomie industrielle et militaire devient un facteur déterminant de souveraineté. Pour Israël, gagner en indépendance ne relève donc plus seulement d’un choix politique, mais d’une nécessité opérationnelle. Parallèlement, l’environnement diplomatique régional évolue, et l’État hébreu ne se trouve peut-être plus systématiquement en position prioritaire dans les arbitrages internationaux. Reste que cette transition sera longue et complexe. Après des décennies de soutien massif américain, bâtir une véritable autonomie exigera des investissements considérables, des réorganisations industrielles profondes et une patience stratégique à l’épreuve du temps.
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