Le plus grand atout d’Israël pourrait devenir un problème
Depuis plusieurs années, l’avion de combat furtif F-35 constitue l’un des piliers de la supériorité militaire d’Israël. Conçu comme un multiplicateur de force, cet appareil a permis à l’armée de l’air israélienne d’imposer une domination aérienne spectaculaire face à ses adversaires, en particulier lors des confrontations indirectes et directes avec l’Iran. Pourtant, ce qui a longtemps été un avantage décisif pourrait devenir, à moyen terme, une source de fragilité stratégique.
La situation intérieure iranienne ajoute à l’incertitude. Le régime fait face à une crise profonde, marquée par une économie dégradée, des infrastructures vieillissantes et un fossé croissant entre l’État et la population. Les analystes estiment que le pouvoir iranien dispose théoriquement de quatre options : l’inaction, une répression massive, un accord avec l’Occident impliquant de lourdes concessions, ou une escalade militaire externe destinée à détourner l’attention des tensions internes. Aucune de ces options ne garantit une stabilisation durable, et l’attentisme actuel du Guide suprême Ali Khamenei maintient tous les acteurs régionaux dans une posture d’observation prudente.
Dans ce contexte, la perspective d’une confrontation ouverte entre Israël et l’Iran reste présente. Certains scénarios évoquent une attaque iranienne directe, d’autres une frappe préventive israélienne contre les capacités balistiques de Téhéran. Le rôle du président américain Donald Trump demeure central, car son feu vert, explicite ou tacite, conditionne largement la liberté d’action des deux camps.
Paradoxalement, le succès israélien a produit un effet inattendu. Les performances du F-35 ont suscité un intérêt massif à l’échelle mondiale. De nombreux États ont constaté l’impact de cette plateforme furtive, capable non seulement de pénétrer des espaces aériens défendus, mais aussi de coordonner en temps réel l’ensemble du champ de bataille. Cette supériorité ne repose pas uniquement sur l’appareil lui-même, mais sur une combinaison rare : systèmes avancés, intégration air-sol, commandement sophistiqué, coopération étroite avec l’industrie et décennies d’expérience opérationnelle.
Au cœur de cette dynamique se trouve le F-35, produit par Lockheed Martin. Après les conflits récents, les demandes se sont multipliées. Plusieurs pays européens ont cherché à accélérer leurs livraisons, tandis que d’autres, au Moyen-Orient, aspirent désormais à rejoindre le cercle restreint des utilisateurs. Cette ruée pose un problème stratégique pour Israël : plus le nombre d’opérateurs augmente, plus l’avantage qualitatif initial risque de s’éroder.
Actuellement, l’armée de l’air israélienne exploite environ 45 F-35 et doit atteindre 75 appareils avec la livraison de trois escadrilles déjà prévues. En interne, de nombreux responsables estiment cependant qu’un format de 100 avions serait nécessaire pour préserver durablement la supériorité aérienne. Or, cette ambition se heurte à des contraintes budgétaires et politiques. L’accord d’assistance sécuritaire avec les États-Unis arrivant à échéance à la fin de la décennie, toute nouvelle acquisition dépendra d’un renouvellement financier majeur.
Les enjeux industriels sont également considérables. Le programme F-35 génère des retombées importantes pour l’industrie israélienne, notamment dans la fabrication de composants clés et d’équipements embarqués. Mais ces bénéfices pourraient être relativisés si Israël se retrouve relégué dans la chaîne de production au profit de nouveaux clients stratégiques.
Enfin, l’éventualité d’un retour de certains acteurs régionaux, comme la Turquie, dans le programme F-35 alimente les inquiétudes. Face à cette recomposition rapide, Israël se trouve à un moment charnière : maintenir son avance technologique exigera des décisions rapides, des investissements lourds et une vision stratégique claire pour éviter que son plus grand atout ne se transforme en vulnérabilité.
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