Avant de lire cet article, prenez soin d’éloigner les enfants qui croient encore au père Noël. Ou n’en faites rien si vous voulez vous décharger de la responsabilité de leur expliquer qu’il n’existe pas. Car non, le père Noël n’existe pas, du moins pas autrement qu’au travers d’un personnage issu de l’imagination humaine. Le tout étant de savoir à qui des millions de papas sur terre doivent la corvée de se déguiser en gros bonhomme rouge à barbe blanche le soir de Noël. Et c’est quand même un peu à cause de Coca-Cola.
Globalement, on s’accorde à dire que le personnage mythique du père Noël est largement inspiré d’une personne bien réelle : Saint-Nicolas de Myre, un évêque chrétien grec qui officiait dans l’actuelle Turquie il y a plus de 1.700 ans. L’Eglise catholique de France le dit elle-même, c’est sans doute « la réputation de sa bonté envers les pauvres et les enfants » qui a valu à Saint-Nicolas de Myre d’être considéré comme « l’ancêtre du père Noël ».
De « Sinter Klass » à « Santa Claus »
Longtemps, le personnage d’un Saint-Nicolas venant distribuer des cadeaux à la période de Noël a été cantonné à l’Europe, essentiellement dans le nord du continent. En France notamment, mais surtout aux Pays-Bas, où il était appelé « Sinter Klass ».
C’est justement de cette représentation néerlandaise de Saint-Nicolas que tout est parti, lorsque des colons venus des Pays-Bas l’ont importée dans leurs valises jusque sur la côte Est des Etats-Unis, selon l’ethnologue Olivier Grenouilleau. A cette époque, vers le XVIIIe siècle, c’était « un petit bonhomme, en pantalon court et fumeur de pipe », explique-t-il à Ouest France. Mais « Sinter Klass » ne deviendra « Santa Claus » que des décennies plus tard, au XIXe siècle.
Cette transformation est le fruit du travail, chacun de son côté, de trois artistes américains : l’écrivain Washington Irving, le poète Clement Clarke Moore et l’illustrateur Thomas Nast. Le premier inventant le nom de Santa Claus, le second l’histoire du traîneau tiré par des rennes et de l’entrée par la cheminée, et le dernier imaginant le costume, le gros ventre et la barbe. C’est un mix de tout ça qui va fixer l’image de Santa Claus aux Etats-Unis jusqu’aux années 1930.
« Non, nous n’avons pas inventé le personnage »
Coca-Cola le reconnaît, « non, nous n’avons pas inventé le personnage » du père Noël. Mais en toute modestie, l’entreprise ajoute que « sans Coca‑Cola, il n’aurait jamais été celui qu’il est aujourd’hui, une icône reconnue dans le monde entier ». Le géant de la boisson a commencé à surfer sur la vague Santa Claus dès les années 1920. Mais c’est en 1931 que Coca-Cola a sollicité l’illustrateur Haddon Sundblom pour « créer des images publicitaires qui montraient le vrai père Noël, et pas seulement un homme déguisé ». Sundblom s’est inspiré du poème de Clement Clark Moore, « A Visit From St. Nicholas », pour accoucher du personnage que tout le monde connaît aujourd’hui : un père Noël aux couleurs de la marque, « chaleureux, amical et grassouillet ».
La suite, on la connaît. Santa Claus a fait le chemin inverse et commencé à inonder l’Europe puis le monde. Selon l’entreprise, les premières bouteilles de Coca sont arrivées en France dès 1919, à l’intention des soldats qui étaient « encore cantonnés en Europe » après la Première Guerre mondiale. Mais c’est plutôt à la Libération, en 1945, que la boisson américaine a connu un succès incroyable, érigée en « symbole de liberté brandi par les soldats ». Avec sa force de frappe, et bien aidé par le plan Marshall pour reconstruire l’Europe, Coca-Cola s’est répandu partout, exportant son image du « rêve américain » et celle de son père Noël au nez et à la barbe de Saint-Nicolas. De quoi mettre le seum à ce dernier, lequel a d’ailleurs pété les plombs, le 6 décembre dernier, à Bar-le-Duc, hurlant à la foule que « le père Noël n’existe pas ».
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