Netanyahu souhaite se représenter
Netanyahou veut la grâce… sans tourner la page politique
Benjamin Netanyahou a ouvert un nouveau chapitre de son long feuilleton judiciaire : tout en demandant une grâce présidentielle à Itshak Herzog, il refuse catégoriquement d’envisager un accord qui le contraindrait à quitter la vie politique. Selon des sources proches du Premier ministre, il n’est « pas question » pour lui d’accepter un arrangement incluant une reconnaissance de culpabilité assortie d’une clause de retraite politique. Au contraire, il « prévoit de se représenter » lors des prochaines élections, convaincu que son avenir se joue encore dans les urnes plutôt que devant les juges.
Cette position va au cœur du débat sur la notion de « turpitude morale » en droit israélien. Si, à l’issue de son procès, Netanyahou était condamné pour une infraction assortie de cette qualification, il pourrait être tenu à l’écart des fonctions publiques pendant plusieurs années. L’étiquette de turpitude morale, réservée aux fautes considérées comme portant gravement atteinte à la probité, est précisément ce que le camp Netanyahou veut à tout prix éviter.
Une demande de grâce inédite et un calendrier long
Du côté de la présidence, des proches d’Itshak Herzog laissent entendre qu’aucune décision ne sera prise à court terme. Le processus d’examen de la demande de grâce devrait durer au minimum deux mois, le temps que le département des grâces du ministère de la Justice et les conseillers juridiques de la présidence rendent leurs avis. La maison présidentielle a insisté sur le caractère « inhabituel » de cette requête, rappelant qu’elle comporte « des implications importantes ».
Concrètement, la demande a été transmise aux services compétents du ministère de la Justice, qui devront analyser la situation au regard des précédents, de la pratique des grâces en Israël et de l’état d’avancement du procès. Traditionnellement, les grâces sont accordées après condamnation, non en amont, ce qui renforce encore le caractère exceptionnel de l’initiative de Netanyahou.
Un procès tentaculaire, trois dossiers explosifs
Netanyahou est jugé depuis mai 2020 devant le tribunal de district de Jérusalem, à la suite de son inculpation en 2019 dans trois dossiers distincts : les affaires 1000, 2000 et 4000. Il est poursuivi pour un chef de corruption (dans l’affaire 4000) et trois chefs de fraude et abus de confiance, liés à des échanges présumés de faveurs politiques contre des avantages médiatiques ou des cadeaux de grande valeur.
L’affaire 1000 concerne notamment des cadeaux luxueux offerts sur une longue période par de riches hommes d’affaires. L’affaire 2000 porte sur des discussions avec le patron du quotidien Yedioth Aharonoth autour d’un éventuel arrangement législatif contre une couverture médiatique plus favorable. L’affaire 4000, la plus lourde, touche à la régulation du groupe de télécommunications Bezeq et à son site d’information Walla! en contrepartie d’une couverture positive de Netanyahou et de son entourage.
Le Premier ministre a plaidé non coupable dans toutes les affaires et affirme que le procès est motivé par des considérations politiques, une « chasse aux sorcières » menée, selon lui, par ses adversaires et une partie de l’appareil judiciaire.
Trump soutient la grâce, l’opposition crie au précédent dangereux
La demande de grâce s’inscrit aussi dans un contexte de pressions internationales inhabituelles. L’ancien président américain Donald Trump a récemment adressé une lettre à Itshak Herzog, l’exhortant à gracier Netanyahou. Il présente le procès comme « politique » et « injustifié », et estime que le Premier ministre est indispensable à la conduite d’Israël dans une période de tensions régionales et de défis sécuritaires.
Ce soutien contraste avec la position de nombreux opposants israéliens, qui jugent qu’une grâce sans reconnaissance de culpabilité ni retrait de la vie publique porterait un coup dur à l’état de droit. Pour eux, un accord éventuel devrait impérativement inclure une forme de responsabilité personnelle – confession ou retrait de la scène politique – afin d’éviter que la fonction de Premier ministre ne serve de bouclier judiciaire.
Grâce ou bras de fer institutionnel ?
En publiant un message vidéo pour expliquer sa démarche, Netanyahou présente sa demande de grâce comme un geste pour « mettre fin aux divisions » et permettre à Israël de se concentrer sur les priorités nationales : sécurité, économie, réforme du système, notamment judiciaire et médiatique. Il ne se pose pas en justiciable cherchant à échapper à la sanction, mais en dirigeant souhaitant tourner la page d’un procès qui, selon lui, paralyse le pays.
Reste que son refus assumé de toute sortie de scène politique peut transformer ce dossier en test institutionnel majeur : entre un président soucieux de ne pas créer de précédent déstabilisateur, un Premier ministre déterminé à rester en poste et une opinion publique profondément divisée, la décision attendue dans les prochains mois dépassera largement le seul sort personnel de Benjamin Netanyahou. Elle dira aussi comment Israël entend articuler pouvoir politique, responsabilité pénale et confiance dans ses institutions.
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