Vers la disparition des Juifs d’Europe ?

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À l’occasion de la journée de commémoration de l’exil, le 30 novembre, Hubert Lévy Lambert, cofondateur de l’Observatoire des Juifs réfugiés des pays arabes rend hommage aux juifs d’Orient et appelle à un «sursaut» pour éviter qu’ils ne soient contraints à fuir notre continent.

Hubert Lévy-Lambert est président d’honneur de l’Institut européen du monde séfarade (INSSEF), cofondateur de l’Observatoire des Juifs réfugiés des Pays arabes (OJRPA), section française de JJAC (Justice for Jews of Arab Countries). Il a publié Répertoire affectueux des Polytechniciens (Sabix, 2025).

Retournez en Palestine, disaient les antisémites de tout poil aux Juifs avant la deuxième guerre mondiale. Retournez en Pologne, disent aujourd’hui leurs successeurs aux Israéliens. Hélas, ceux qui n’ont pas réussi à quitter l’Europe avant la guerre ne se sont pas retrouvés dans ce qui s’appelait alors la Palestine mais dans les camps de concentration nazis où ils ont fini en fumée. Contrairement au mantra complaisamment raconté par les idiots utiles de l’antisémitisme, autoproclamés antisionistes, une grande partie des Israéliens ne viennent pas d’Europe. Ils viennent des pays arabes !

On parle régulièrement, aux Nations Unies et ailleurs, du sort des 600 000 Arabes ayant quitté la Palestine lors de la création de l’État d’Israël, mais on parle moins des Juifs qui ont vécu naguère en Algérie, Irak, Iran, Liban, Libye, Maroc, Syrie, Tunisie, au Yémen. Ils étaient beaucoup plus nombreux que les réfugiés arabes : près d’un million, dont 140 000 en Algérie, 75 000 en Égypte, 100 000 en Iran, 135 000 en Irak, 24 000 au Liban, 38 000 en Libye, 265 000 au Maroc, 105 000 en Tunisie, 55 000 au Yémen. Il n’y en a pratiquement plus nulle part, sauf quelques milliers en Iran et au Maroc.

Mais il n’y a plus depuis longtemps de réfugiés juifs car ils ont été accueillis et intégrés rapidement en Europe, en Amérique et surtout en Israël, alors qu’il y a aujourd’hui des millions de réfugiés arabes. Pourquoi ? Ils n’ont pas été accueillis par leurs «frères». Ils ont été parqués dans des camps où ils se sont multipliés. Encore aujourd’hui, tous les pays arabes se lamentent sur le sort des pauvres Gazaouis mais aucun ne veut les accueillir. Larmes de crocodile !

Une étude évalue à 263 milliards de dollars la valeur actuelle du patrimoine que les juifs ont abandonné dans les pays arabes sans espoir de retour

Chaque année depuis 2014, le 30 novembre est dédié, selon une loi de la Knesset, à commémorer l’exil forcé des juifs des pays arabes. Cet exil n’a jamais été reconnu par les Nations Unies qui ne leur ont jamais donné le statut de réfugié alors qu’un organisme ad hoc, l’UNRWA, a été créé pour perpétuer de père en fils le statut des réfugiés arabes. Il n’a jamais été indemnisé par les pays d’origine, dont certains, non contents d’expulser leurs juifs sans bagages et sans retour, leur ont extorqué de fortes sommes pour les autoriser à sortir. Une récente étude évalue à 263 milliards de dollars la valeur actuelle du patrimoine que les juifs ont abandonné dans les pays arabes sans espoir de retour.

La plupart de nos concitoyens n’ont pas d’opinion sur la manière de redresser la France. En revanche, beaucoup croient savoir comment régler le conflit israélo-arabe. Je dis bien israélo-arabe et non israélo-palestinien car il s’agit d’un conflit alimenté par le monde arabe qui s’étend impunément depuis l’Hégire en Asie, en Afrique, en Europe et en Amérique et qui ne supporte pas que la moindre parcelle occupée par des Arabes soit reprise par des mécréants, juifs par surcroît, dont le sort était de tout temps d’être dhimmis, c’est-à-dire soumis.

Beaucoup d’Israéliens ont quitté leur pays depuis 2 ans mais ils ont été remplacés par beaucoup de juifs européens qui ont peur

Oui, beaucoup d’Israéliens sont séfarades. Sefarad est le nom hébraïque de l’Espagne. Pour se faire pardonner la Reconquista, que certains lointains descendants des Omeyades n’ont pas oubliée, mais oubliant l’expulsion des Juifs en 1492, l’Espagne a cru bon de figurer dans les premiers à reconnaître en 2025 un État de Palestine dont on a peine à croire que la population aspire, comme le veut une résolution de l’ONU, à vivre en paix avec Israël à l’intérieur de frontières sûres et reconnues… Tout cela est de l’histoire ancienne, pensez-vous. Depuis le 7 octobre 2023, avant même qu’Israël commence à réagir au plus grand pogrom subi par des juifs depuis la Shoah, l’inversion accusatoire, avec des termes comme génocide, apartheid ou colonisation, bat son plein et pas seulement chez quelques jeunes musulmans instrumentalisés et leurs complices de LFI mais aussi chez beaucoup de Français mal informés de l’histoire et de la géographie de cet infime coin de Méditerranée orientale.

Qui sait que la Palestine ottomane s’étendait, avant la guerre de 1914-18, des deux côtés du Jourdain et que le partage de l’Empire ottoman (1920-1923) prévoyait que la partie située à l’Est du Jourdain, faisant 89 000 km², soit 76 % de la Palestine mandataire, soit attribuée à un nouvel État arabe, la Transjordanie, devenue aujourd’hui la Jordanie, la partie occidentale (28 000 km²) étant prévue pour accueillir un État juif, de la rivière à la mer !

Pierre Vermeren décrit le sort des Juifs d’Europe depuis 2 ans comme « une nuit de cristal à bas bruit » (Le Figaro du 22 novembre). Beaucoup d’Israéliens ont quitté leur pays depuis 2 ans mais ils ont été remplacés par beaucoup de juifs européens qui ont peur. Je viens de publier un livre sur l’histoire de l’École polytechnique depuis sa création en 1794 jusqu’à nos jours, avec 2 000 portraits d’Xtraordinaires. Ce livre ne comporte naturellement pas de référence à la religion des gens – à la notable exception d’Alfred Dreyfus (X 1878) dont la condamnation devait inciter Théodor Herzl à pousser à la création de l’État d’Israël, mais, en tant que fondateur du groupe des Polytechniciens amis d’Israël, je sais que les X juifs y ont une part très supérieure à leur proportion dans la population.

Si la France ne fait pas un sursaut, il est à craindre que cette proportion ne diminue sensiblement dans les prochaines éditions de mon livre et que le 30 novembre soit consacré à commémorer non seulement l’exil des juifs des pays arabes mais aussi leur exil d’Europe ! Et n’oubliez pas, chers lecteurs, qu’après le samedi vient le dimanche : les Chrétiens d’Orient, dont certains parlent l’araméen, la langue du Christ, sont en voie de disparition rapide, comme le sont les Coptes d’Égypte, où des églises brûlent tous les jours et les Chrétiens de la plupart des pays arabes, où ils sont à peine tolérés. La France elle-même a depuis des décennies des «territoires perdus» (Georges Bensoussan, 2002) et nous venons de célébrer les 10 ans du Bataclan. Réunie à la Maison de la Chimie le 23 novembre, la Convention du CRIF se demandait si la République a dit son dernier mot. On attend la réponse avec anxiété…

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