Trump valide la vente de F-35 à l’Arabie Saoudite
À bord d’Air Force One, en route vers la Floride, Donald Trump a laissé entendre que le prochain élargissement des accords d’Abraham pourrait bien venir de Riyad. Le président américain, qui doit recevoir mardi le prince héritier Mohammed ben Salmane à la Maison Blanche, se dit convaincu que l’Arabie saoudite finira par normaliser ses relations avec Israël et entraînera d’autres capitales arabes dans son sillage.
Pour Trump, les obstacles qui bloquaient jusqu’ici une telle normalisation appartiennent en grande partie au passé. Il évoque la fin des combats les plus intenses dans la région et un Iran jugé moins en position de force, créant selon lui une fenêtre d’opportunité pour relancer la diplomatie. Le chef de l’État affirme mener depuis plusieurs semaines des « bonnes discussions » avec Riyad autour d’un paquet global mêlant sécurité, économie et reconnaissance d’Israël.
Au cœur de ce paquet se trouve la demande saoudienne d’acquérir 48 avions de chasse furtifs F-35, appareils de cinquième génération produits par Lockheed Martin. Ce contrat, évalué à plusieurs dizaines de milliards de dollars, a déjà franchi une étape clé au Pentagone : les experts militaires ont rendu un avis favorable sur le plan technique, et le dossier est désormais sur la table du Cabinet présidentiel avant d’être transmis au Congrès pour examen politique.
Une telle vente bouleverserait l’équilibre militaire au Moyen-Orient. Aujourd’hui, Israël est le seul pays de la région à opérer le F-35, ce qui lui confère une supériorité technologique que Washington s’est engagé par la loi à préserver. L’arrivée de dizaines d’appareils saoudiens, même dans une version éventuellement bridée, obligerait les États-Unis à repenser la manière dont ils garantissent l’« avantage militaire qualitatif » de l’État hébreu, principe structurant de leur politique d’exportation d’armes.
Du point de vue saoudien, le F-35 s’inscrit dans une stratégie de modernisation de l’armée et de dissuasion face à l’Iran. Riyad, déjà l’un des premiers clients mondiaux de l’armement américain, veut doter son aviation d’une capacité furtive capable de frapper loin tout en échappant aux radars adverses. Cette montée en puissance s’articule avec le programme Vision 2030 du prince héritier, qui vise à transformer le royaume en puissance industrielle et technologique régionale et à diversifier ses partenariats de défense.
Le projet suscite toutefois de fortes réticences à Washington. Des responsables du renseignement et du Pentagone s’inquiètent du risque de fuite de technologies sensibles, dans un contexte où la Chine développe sa coopération économique et sécuritaire avec l’Arabie saoudite. À cela s’ajoutent les critiques du Congrès sur le bilan saoudien en matière de droits humains et sur l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, autant de dossiers qui pourraient compliquer l’obtention du feu vert final, y compris dans les rangs traditionnellement favorables à l’alliance avec Riyad.
Pour Israël, l’équation est ambiguë. D’un côté, une normalisation pleine et entière avec le gardien des lieux saints de l’islam constituerait un tournant historique, renforçant l’axe régional opposé à l’Iran et consolidant les accords d’Abraham signés en 2020 avec les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan. De l’autre, voir un voisin majeur se doter de l’avion de combat le plus avancé du monde nourrit des interrogations profondes sur l’avenir de sa supériorité militaire et sur les garanties concrètes que Washington serait prêt à lui offrir en compensation.
En misant sur un lien entre reconnaissance d’Israël et transferts d’armes de haute technologie, Donald Trump joue une partie à plusieurs bandes : rassurer un allié clé du Golfe, contenir l’influence iranienne et chinoise, et revendiquer un nouveau succès diplomatique au Moyen-Orient. Reste à savoir si le Congrès, l’opinion américaine et les partenaires de la région accepteront ce pari, ou s’ils jugeront que le prix stratégique à payer pour élargir les accords d’Abraham est, cette fois, trop élevé.
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