De nombreux Rabbanim unis contre la conscription
La tension monte en Israël autour de la question du service militaire obligatoire pour les membres de la communauté ultra-orthodoxe. Alors que l’armée israélienne intensifie ses efforts pour élargir les rangs de ses effectifs, d’éminents rabbins haredim ont réaffirmé leur opposition catégorique à toute tentative d’imposer un quota ou une obligation d’enrôlement aux étudiants des yeshivot.
Une opposition religieuse sans compromis
Réunis mercredi lors d’une conférence à Maale Hahamisha, dans le centre du pays, plusieurs leaders rabbiniques ont exprimé d’une seule voix leur refus de toute conscription forcée. Dans une déclaration commune, ils ont affirmé qu’aucune « sanction, punition, arrestation ou décret » ne les ferait dévier de leur position, qu’ils estiment fondée sur la loi juive. Le rabbin Meir Tzvi Bergman, figure influente du conseil rabbinique dirigeant Yahadout HaTorah, a souligné l’interdiction totale, selon lui, pour un étudiant haredi d’intégrer l’armée. « Il faut être prêt à donner sa vie pour ne pas enfreindre cet interdit », a-t-il insisté.
Un autre éminent rabbin, Yitzchok Zilberstein, a été encore plus catégorique, conseillant aux jeunes hommes de « quitter le pays » plutôt que d’obéir à un ordre de mobilisation, allant jusqu’à autoriser la violation du Shabbat pour fuir l’armée.
Une réponse à une vague d’ordres de mobilisation
Cette déclaration intervient alors que Tsahal a récemment envoyé 54 000 convocations supplémentaires à des jeunes hommes haredim âgés de 18 à 24 ans, jusque-là exemptés grâce à leur statut d’étudiants en yeshiva. Cette démarche marque une étape importante dans le processus de sélection des nouvelles recrues, en prévision de leur incorporation l’année prochaine.
Ces envois massifs s’ajoutent à 24 000 ordres similaires expédiés entre juillet 2024 et mai 2025, bien que très peu aient conduit à un enrôlement effectif. L’armée précise que, dorénavant, aucune exemption automatique ne sera accordée et que les pré-convocations seront envoyées dès l’âge de 16 ans et demi, même pour les élèves des écoles religieuses.
Face à une pénurie de personnel estimée à 12 000 soldats, dont 7 000 nécessaires pour les unités combattantes, l’armée affirme vouloir « adapter les conditions de service à la communauté haredi, tout en préservant son mode de vie », mais maintient sa volonté d’élargir la conscription.
Une fracture politique et sociale
Cette question divise profondément la société israélienne. La Haute Cour de justice avait déjà statué en 2024 que les exemptions systématiques accordées aux étudiants ultra-orthodoxes étaient contraires au principe d’égalité, déclenchant un débat national sur la répartition équitable du service militaire.
La crise politique s’est aggravée début juillet lorsque Yahadout HaTorah a quitté temporairement la coalition gouvernementale après avoir pris connaissance d’un projet de loi visant à encadrer l’enrôlement des Haredim. Le parti Shas a suivi la même voie, se retirant du gouvernement tout en restant dans la majorité parlementaire. Selon certaines sources, le leader du Shas, Aryeh Deri, a même empêché certains sages de son parti d’assister à la conférence de Maale Hahamisha pour ne pas compromettre d’éventuelles futures négociations avec le gouvernement.
Au même moment, à Bnei Brak, un rabbin de 94 ans, Dov Lando, exhortait un étudiant menacé d’arrestation pour refus de se présenter à l’armée à « ne surtout pas y aller », illustrant la détermination du camp religieux à maintenir son refus collectif.
Une confrontation appelée à durer
Alors que Tsahal multiplie les convocations et que de nouvelles réunions de rabbins sont prévues, la fracture entre l’État et la communauté ultra-orthodoxe semble se creuser davantage. Si l’armée s’appuie sur des besoins opérationnels urgents en période de guerre, les leaders religieux invoquent une interdiction spirituelle absolue d’enrôler leurs fidèles, prêts à défier la loi pour maintenir les exemptions existantes.
Le débat, mêlant enjeux religieux, sociaux et politiques, reste au cœur d’une crise qui pourrait encore secouer la coalition gouvernementale et accentuer les tensions internes dans un Israël déjà marqué par de profondes divisions.
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