«Comme tous les juifs de France, je vis avec une peur qui ne me quitte plus»: le discours poignant d’Arthur à l’Élysée
Par Benjamin Puech
L’animateur a reçu avec l’humoriste Sophia Aram, le prix Jean Pierre-Bloch de la LICRA. À cette occasion, il a exhorté le chef de l’État à «tenir la ligne avant que les dernières digues ne cèdent».
Loin, si loin des rires de « Vendredi tout est permis » ou des « Touristes », les divertissements légers qu’il anime sur TF1, Arthur a vécu le massacre du 7 octobre 2023 comme un déchirement, qui l’a convaincu de sortir de sa réserve pour s’exprimer, sur les réseaux sociaux et dans les médias. D’abord pour dénoncer le « silence » qu’il percevait dans le milieu artistique, ensuite afin d’épingler les ambiguïtés de l’extrême gauche à l’égard de l’antisémitisme. C’est aussi ce qu’il a pointé du doigt mercredi, au palais de l’Élysée, lors de la remise du Prix Jean Pierre-Bloch de la LICRA.
« Je suis là devant vous et au lieu d’être heureux je ressens quelque chose de plus profond qui me bouleverse, qui me glace parce que je me dis qu’en France, en 2025, on remet une récompense à quelqu’un parce qu’il a dit que l’antisémitisme était inacceptable », commence Arthur, Jacques Essebag de son vrai nom, qui reçoit cette distinction récompensant un engagement en faveur de la lutte contre l’antisémitisme. Dans l’esprit humaniste de Jean Pierre-Bloch, ancien résistant et député, figure emblématique de la LICRA, décédé en 1999.
L’inquiétude d’Arthur
« Il est vrai que depuis le 7 octobre j’ai parlé. Fort, parfois avec maladresse, souvent en colère, mais j’ai parlé pour rester debout, pour ne pas tomber, pour ne pas devenir fou. Parce que comme tous les juifs de France, je vis avec une peur qui ne me quitte plus, pas une peur abstraite, une peur intime, qui vous réveille la nuit, qu’on avoue à demi-mot même à ses proches », poursuit l’animateur, qui évoque ensuite l’agression du rabbin Arié Engelberg, à Orléans. Ou à ses parents, « qui changent leur nom lorsqu’ils commandent un taxi. »
Après avoir à nouveau regretté un manque d’engagement de la part de « grandes voix » qu’il ne nomme pas, des « amis d’hier aujourd’hui si silencieux, ou pire flous, tièdes, ambigus », l’homme de télévision qui vit sous protection rapprochée s’est adressé au chef de l’État.
« Pendant que la République parfois hésite, la haine avance, elle s’installe » Arthur
« Monsieur le Président, cher Emmanuel, chers amis, je ne vous demande pas de ressentir ce que nous ressentons (…) mais de tenir votre place, celle qui engage, qui protège pour que l’histoire ne se répète pas. (…) Tenez la ligne avant que les dernières digues ne cèdent, tenez-la comme on tient la main d’un enfant, une promesse qu’on ne peut pas trahir, parce que ça commence toujours par les juifs et puis ça déborde, ça engloutit, ça emporte tout. »
Arthur a eu un mot chaleureux pour Sophia Aram, « qui n’avait que des coups à prendre », récompensée également par le Prix Jean Pierre-Bloch. Puis pour son épouse, Mareva Galanter, ancienne Miss France. « Pendant que la République parfois hésite, la haine avance, elle s’installe. Elle ne se rase plus les murs, elle les peint, elle les signe », s’inquiète encore l’animateur. Pour qui l’antisémitisme se drape désormais dans l’antisionisme afin de paraître « acceptable ». Ce qu’Emmanuel Macron a dénoncé également au cours de cette cérémonie.
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