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vendredi 2 décembre 2022

Sergueï Krivenko : “Les Russes qui refusent le combat sont envoyés dans des cachots clandestins”

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Le téléphone de Sergueï Krivenko clignote en continu depuis le 24 février 2022. Sur la chaîne Telegram de son ONG, “Grajdanine. Armiya. Pravo” (“Le Citoyen. L’Armée. Le Droit”), déclarée “agent de l’étranger” en Russie dès décembre 2021, ce défenseur des droits de l’homme exilé à Vilnius (Lituanie) suit minute par minute les messages des appelés, des mobilisés et des soldats russes qui cherchent par tous les moyens à échapper à la guerre en Ukraine. “Comment démissionner de l’armée ?” demande l’un d’eux. “Comment refuser le service militaire ?” interroge un autre. Les mobilisés racontent, eux, leur choc lorsque après un séjour d’à peine une semaine en caserne ils furent envoyés au front, sans formation ni arme appropriée. Enfin, il y a ces familles qui cherchent à récupérer “leurs soldats” détenus dans des cachots clandestins au coeur des zones occupées de Donetsk et Louhansk pour avoir refusé de combattre. 

Avec une cinquantaine de bénévoles en Russie et à l’étranger, Sergueï Krivenko se mobilise pour aider ces “refuzniks” et leurs proches. Son témoignage, livré à L’Express, offre une plongée inédite dans cette guerre dont il devient, dit-il, “de plus en plus dur de s’échapper”.  

L’Express : Une vidéo circule depuis quelques jours montrant l’arrestation de deux soldats russes par leur commandant pour avoir refusé de combattre en Ukraine. C’est la première fois que l’armée russe met en scène une telle sanction. S’agit-il d’un avertissement ?  

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Sergueï Krivenko : Cette vidéo a clairement pour objectif d’intimider les autres militaires qui s’aviseraient de refuser le combat. Depuis l’annonce de la mobilisation, le 21 septembre, le cadre légal de cette guerre a changé, de sorte qu’un déserteur ou tout soldat refusant de participer au combat est passible d’une peine de dix ans de prison. Ce durcissement est la conséquence des pertes énormes que subit l’armée russe et du manque de personnel qui en découle. Le régime de Poutine cherche à tout prix à dissuader les objecteurs de conscience.  

A-t-on une idée de l’ampleur de ce phénomène ?  

Il est impossible d’établir des chiffres globaux. Ce que je peux vous dire, c’est que l’on assiste depuis le début de la mobilisation à une explosion des demandes sur la “hotline” que nous avons mise en place pour aider les soldats voulant échapper à cette guerre. Au total, nous avons reçu 50 000 messages depuis le début de l’invasion. 

En quoi consiste l’activité de cette hotline ?  

Historiquement, notre association prodigue des conseils juridiques aux citoyens qui voudraient refuser de faire leur service militaire. Nous travaillons de manière clandestine puisque notre organisation a été déclarée “agent de l’étranger” il y a un an, comme le Comité des mères de soldats russes. A la veille de la guerre, l’activité des organisations de défense des soldats s’est retrouvée brutalement gelée.  

Pour comprendre comment fonctionne notre service, il faut distinguer les appelés (via la conscription), les mobilisés et les soldats de carrière. Chaque année, deux campagnes de conscription sont menées, au printemps et à l’automne. L’appel d’automne est d’ailleurs en cours, jusqu’au 31 décembre. Ceux qui ne souhaitent pas servir sous les drapeaux ont le droit d’opter pour un service civique alternatif, en vertu d’une loi qui existe depuis 2002 et pour laquelle notre association a milité. Pour les mobilisés comme pour les militaires d’active, cette loi ne s’applique pas mais la Constitution russe garantit – en théorie – à toute personne ayant des convictions pacifistes le droit de voir son service dans l’armée remplacé par un service civique. Et la Constitution étant la norme suprême, ce droit doit pouvoir être mis en pratique. 

“L’étau se resserre petit à petit. Les jeunes hommes se cachent”

Quand la guerre a commencé, nous avons mis en place une chaîne sur le réseau social Telegram pour aider ces différentes catégories de personnes. Il s’agit d’un “bot”, c’est-à-dire un logiciel qui répond automatiquement aux questions posées, qui arrivent par milliers. Il a fallu travailler d’arrache-pied avec des juristes pour générer des réponses types.  

Quelles questions posent les Russes qui écrivent à votre chaîne ?  

Pour les appelés, ce sont des questions standards : comment refuser de faire le service militaire ? Comment faire un service civique ? Pour nous, ce sont les cas les plus “simples” puisqu’il existe une loi qui précise cette procédure. L’affaire est bien plus complexe s’agissant des soldats professionnels et des mobilisés. Pour les militaires de carrière, nous avons créé un guide juridique afin de les aider à démissionner de l’armée sans s’exposer à de trop lourdes poursuites judiciaires. Grâce à ce guide, plusieurs centaines de soldats ont pu quitter l’armée et ne participent pas à la guerre en Ukraine.  

Reste le cas des mobilisés. L’annonce de cette mobilisation – la première depuis la Seconde Guerre mondiale – a été très stressante et a provoqué un afflux de demandes d’aide sur notre canal. Il a fallu que nos juristes mettent en place un autre manuel de recommandations sur la façon d’éviter la mobilisation.  

Comment peut-on éviter d’aller au front ?  

Pour les soldats professionnels, il est de plus en plus difficile d’échapper à cette guerre, en raison des nouvelles sanctions pénales que j’ai évoquées. 

Quant aux mobilisés, sur le papier, il était, jusqu’à récemment, assez facile de refuser, car il n’existait pas de sanction pénale dans la législation russe. Il “suffisait” de déchirer sa convocation, de refuser de recevoir ce papier ou de ne pas se rendre au bureau de recrutement, et on ne risquait qu’une amende. C’est d’ailleurs pour cette raison que dans plusieurs villes russes, on a vu des traques aux mobilisables avec des policiers qui attrapaient des jeunes hommes dans la rue, aux sorties de métro, dans les entreprises, les cités universitaires, pour les emmener de force en caserne. Mais le 1er novembre, un projet de loi a été déposé pour punir de cinq ans le refus de mobilisation. L’étau se resserre petit à petit. Les jeunes hommes se cachent.  

Que vous rapportent les soldats qui vous écrivent du front ?  

Notre “hotline” est conçue de telle sorte que la plupart des gens viennent avec une question concrète pour refuser de participer à la guerre. Notre bot répond automatiquement, mais dans certains cas, lorsqu’il y a besoin d’une intervention directe, nous entrons en discussion avec la personne et en apprenons davantage sur son histoire. Parmi ces récits, il y a des mobilisés qui se retrouvent envoyés en première ligne sans avoir reçu d’entraînement, avec des équipements dérisoires, des problèmes d’uniformes, d’armes… Et qui ne savent absolument pas pourquoi et comment ils doivent remplir les missions qu’on leur assigne. L’épouse d’un mobilisé nous a raconté qu’il avait été appelé alors qu’il n’avait jamais fait son service militaire. Après avoir passé une semaine dans une caserne, il a été directement envoyé au front et s’est retrouvé au combat. Beaucoup de mobilisés étaient persuadés qu’ils étaient appelés non pas pour participer directement aux combats, mais pour venir en soutien des soldats sur des fonctions logistiques secondaires.  

Votre organisation est spécialisée dans l’aide juridique aux soldats et aux mobilisés dans une Russie qui n’a jamais semblé aussi autoritaire. Mais vous arrivez quand même à obtenir des résultats, cela peut paraître paradoxal…  

En effet, c’est paradoxal. Le régime de Poutine tente de donner l’apparence du respect de l’ordre légal. Il n’existe pas, en Russie, d’Etat de droit et de suprématie de la loi comme en Occident. Néanmoins quand le Parlement adopte une loi, les fonctionnaires tentent de la respecter. La loi sur le service alternatif date de 2002, personne ne l’a abolie, donc toute personne appelée peut le demander. Nous nous appuyons sur ce cadre légal pour agir.  

Avez-vous reçu des témoignages de soldats professionnels qui ont été punis pour refus de combattre ?  

En juillet dernier, des familles de soldats qui refusaient de se battre nous ont contactés. Il y avait tellement de militaires qui rechignaient à aller en première ligne que l’armée, plutôt que de les renvoyer en Russie, a commencé à les mettre dans des cachots secrets dans les républiques populaires de Donetsk et Louhansk. Ces détentions sont absolument illégales. Un militaire ne peut pas être arrêté sans décision d’un juge. Or, il n’y avait eu ni procès ni enquête. Les familles de ces soldats nous ont parlé des conditions effroyables dans lesquelles ils sont détenus : les officiers les battent et les menacent pour les forcer à retourner au front. Grâce aux plaintes de ces familles, nous avons réussi à attirer l’attention des médias sur cette affaire et avons déposé plainte devant le parquet russe. Cette combinaison de pressions juridiques et médiatiques nous a permis de faire revenir certains de ces soldats. 

Sur le même sujet

Pourquoi le commandement russe détient-il ces soldats dans les territoires occupés plutôt qu’en Russie ?  

Tout simplement en raison du manque criant de soldats. Le commandement a besoin de ces hommes et cherche à tout prix à les remettre sur la ligne de front. C’est pourquoi, depuis cet été, ils préfèrent détenir ces soldats au plus près des combats. Toutefois, ces mesures n’ont pas suffi, puisque la mobilisation a fini par être déclarée en septembre. Le nouveau tour de vis pour sanctionner ceux qui chercheraient à échapper à la mobilisation (la loi proposée le 1er novembre) a pour but de résoudre ce problème. Mais cela n’empêchera pas une seconde vague de mobilisation. Je pense qu’elle sera décrétée début 2023. 

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SourceLEXPRESS.FR

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