Le documentaire israélien « NAZA », primé à Venise, déclenche une vive polémique politique
Le documentaire « NAZA », coréalisé par les Israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, a remporté le Prix spécial du jury à la Mostra de Venise. Le film, qui allègue des pratiques de ciblage délibérées contre des civils à Gaza, a immédiatement provoqué une vague de critiques de responsables politiques israéliens et un démenti public de Tsahal.

Le documentaire « NAZA », réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor, a reçu le Prix spécial du jury lors de la 83e Mostra de Venise, après avoir été présenté jeudi dernier. Le film s'appuie sur des entretiens avec 24 personnes présentées comme des soldats et des membres du renseignement israélien ayant participé à la guerre contre le Hamas, filmés de nuit sur des toits à Tel-Aviv, leur voix déformée pour préserver leur anonymat. Selon Israel Hayom, le film a été produit avec le concours du quotidien britannique The Guardian et du réalisateur Jonathan Glazer, connu pour « La Zone d'intérêt ». Abraham et Szor avaient déjà coréalisé le documentaire « No Other Land », récompensé aux Oscars.
Des allégations que Tsahal qualifie de « totalement fausses »
Le film avance que l'armée israélienne aurait mené une politique délibérée de ciblage entraînant des pertes civiles massives à Gaza. Une allégation reprise sur les réseaux sociaux évoquant une frappe où environ 500 victimes civiles auraient été anticipées. L'armée israélienne a formellement démenti ce chiffre, affirmant sur son compte X n'avoir « jamais planifié, approuvé ni exécuté » de frappe de cette ampleur, ni reçu aucune information crédible en ce sens pendant toute la durée du conflit. Tsahal a également souligné qu'aucune identité, aucun grade ni aucune implication réelle des témoins interrogés dans le film n'avait pu être vérifiée de façon indépendante, et que certains propos attribués à des soldats de rang subalterne portaient sur des décisions stratégiques hors de leur champ de responsabilité. L'armée a par ailleurs démenti tout recours à l'intelligence artificielle pour la sélection des cibles, affirmant que les décisions de frappe restent prises par des opérateurs humains dans le cadre du droit international, en tenant compte du fait que le Hamas utilise des civils comme boucliers humains.
Une vague de condamnations politiques en Israël
La victoire du film à Venise a suscité une réaction immédiate de plusieurs responsables politiques. Le ministre de la Culture et des Sports, Miki Zohar, a annoncé son intention de révoquer la citoyenneté israélienne des deux réalisateurs, les accusant de « trahison envers l'État » et évoquant la réforme du financement du cinéma qu'il a portée pour, selon lui, éviter que les citoyens israéliens financent des œuvres critiques envers Tsahal. L'ex-députée du Likoud Tally Gotliv, désormais membre d'Otzma Yehudit, a qualifié le film d'« invention complète » ne reposant pas sur de véritables témoignages de soldats, et a critiqué le silence du ministre de la Défense Israël Katz et du chef d'état-major Eyal Zamir face à la controverse. Le président de Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, a accusé les réalisateurs d'avoir transformé la guerre déclenchée par le massacre du 7 octobre en « campagne de diffamation » contre Israël et son armée. L'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot, désormais à la tête du parti Yashar, a lui aussi condamné le film, estimant qu'il présentait une image « déformée et unilatérale » de la guerre, tout en rappelant que la critique reste légitime en démocratie. L'activiste israélo-arabe Yoseph Haddad a de son côté dénoncé l'usage de témoignages anonymes invérifiables et défendu la conduite de l'armée dans un environnement urbain densément peuplé où le Hamas opère selon lui parmi la population civile.
Des tensions jusque dans les rangs politiques
La controverse a également révélé des dissensions internes. Selon JForum, Eliran Eliya, figure du parti de Gadi Eisenkot et président de l'Association des réalisateurs, a apporté son soutien au film, une prise de position jugée problématique par certains commentateurs au regard des positions du parti sur la sécurité. Sur un autre registre, la députée des Démocrates Naama Lazimi a critiqué non pas le film mais la réaction du ministre Zohar, qualifiant sa proposition de révocation de citoyenneté de « folie » et l'opposant à d'autres sujets de controverse visant le gouvernement, notamment les accusations relatives à une influence qatarie au sein du bureau du Premier ministre. Dans une tribune publiée par JForum, la journaliste italo-israélienne Fiamma Nirenstein a opposé le film, selon elle mensonger, à la série « Fauda », dont la dernière saison revient sur le massacre du 7 octobre, y voyant deux représentations opposées de la guerre proposées au public international.
Une bataille de récits appelée à durer
Au-delà du cinéma, la controverse autour de « NAZA » illustre la tension persistante entre la défense de l'image d'Israël à l'international et la liberté de création de cinéastes israéliens critiques de la conduite de la guerre. Yuval Abraham a pour sa part invité ses détracteurs à voir le film avant de le juger, expliquant vouloir exposer le public israélien à des témoignages militaires sur les opérations menées à Gaza. La polémique devrait se poursuivre à mesure que le film sera diffusé plus largement et que les autorités israéliennes examineront les suites, notamment judiciaires, de la proposition de Miki Zohar.
Questions fréquentes
- Qu'est-ce que le film NAZA ?
- Un documentaire réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor, basé sur des témoignages anonymes de 24 personnes présentées comme des soldats et membres du renseignement israélien, récompensé par le Prix spécial du jury à la Mostra de Venise.
- Que répond l'armée israélienne aux allégations du film ?
- Tsahal a qualifié les allégations de « totalement fausses », affirmant n'avoir jamais planifié ni exécuté de frappe visant plusieurs centaines de civils et soulignant l'impossibilité de vérifier l'identité et le rôle des témoins interrogés.
- Quelles suites politiques la controverse a-t-elle eues ?
- Le ministre de la Culture Miki Zohar a annoncé vouloir révoquer la citoyenneté des réalisateurs, une proposition critiquée par d'autres responsables politiques, tandis que plusieurs figures publiques ont condamné le film.
Sources : The Jerusalem Post, JForum, Israel Hayom, JForum





